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les fleurs du mal • clarissa




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 les fleurs du mal • clarissa

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Message Dans les fleurs du mal • clarissa | le Lun 7 Aoû 2017 - 21:13
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Les sanglots des martyrs et des suppliciés
Sont une symphonie enivrante sans doute,
Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,
Les cieux ne s’en sont point encore rassasiés !


Les Fleurs du Mal • Charles Baudelaire

Aujourd'hui j'ai l'esprit agité. Non pas qu'il soit étranger aux stimuli, non, bien sûr que non : représentez-vous la mer et ses vagues, qui entraînent tout sur leur passage et jamais ne s'arrêtent. Eh bien aujourd'hui la mer est en tempête, et les vagues s'élèvent vers les cieux, soulevées par des bourrasques franches et impitoyables. Aujourd'hui, quelque chose trouble la paix tumultueuse de mes mers intérieures, et les rend mortelles et arctiques. Quoi donc ? Je n'en suis pas sûre, et c'est bien pour cela que je m'agite. Pire encore, cette agitation m'irrite.
J'ai le sentiment, distinct mais flou, que ma carapace de glace se fragilise, que des morceaux s'en détachent et voguent vers le néant, pour mieux noyer les cités que mon cœur s'est bâti pour combler ses trous. J'ai l'impression que quelque chose se passe, qu'une bête me traque, sans relâche, dans l'ombre et dans la lumière, sans pitié. J'ai redoublé de prudence, vous savez. Chaque fois que j'avance, je regarde à droite et à gauche, chaque fois que je tourne, je regarde devant et au tournant, derrière. Chaque fois que quelqu'un parle près de moi, je prête attention. Chaque fois que quelqu'un m'effleure, je retiens son visage et son expression.
Mais, hélas : rien.
Rien, rien de rien. Ca ne donne rien. Est-ce que c'est moi qui me méfie pour rien ? Impossible. On fait toujours bien de se méfier des moins-que-rien. Je n'ai pas à me jeter de pierre ni à me faire de reproche : je prends soin de moi. Et c'est normal, de toute façon : je suis la seule personne qui compte vraiment dans ce pensionnat, avec Poulkheria.

Alors aujourd'hui je vais me permettre une fantaisie, et plutôt que d'aller lire à la bibliothèque, j'irai aux serres pour dessiner la flore, et en commencer une collection sur papier. Je n'ai pas l'indécence ni l'insolence de vouloir les arracher, et moins encore l'impolitesse de les photographier, vous comprenez. La nature est un don du sacré, et je souhaite seulement l'étudier – pas la défigurer ni la mutiler. Qui plus est, si je la choisis correctement, la serre devrait être vide, ou en tout cas, calme à mon goût. Et cela bien plus que la bibliothèque, constamment agitée par le vacarme des stylos qui grattent le papier, des pages qui se tournent et des chuchotis indiscrets. Là-bas, personne ne pourra m'y surprendre, j'en suis sûre. Personne ne pourra m'y suivre sans que je le sache, j'en suis certaine. Si les murs ont certes des oreilles, il n'y a cependant rien de mieux que la compagnie des fleurs pour rester en éveil.

Après une marche tranquille, interrompue seulement par le besoin de terroriser du regard quelques faibles, j'arrive à destination, et je choisis avec soin une serre réservée aux fleurs exotiques. N'en suis-je pas une moi-même, après tout ? C'est donc là que j'irai, avec mes consœurs soyeuses, parfumées, et éclatantes de beauté. Alors que j'entre, ma présence soulève une nuée de papillons écarlates, gigantesques et mordorés, qui virevoltent et s'agitent dans tous les sens. Allons, calmez-vous, insectes : on croirait voir cet amas disgracieux de mages sans noms, ni respect, ni raison. D'une main j'en chasse un qui s'approche un peu trop de mon visage, et, majestueusement, je me fraie un passage à travers cette foule d'ailes colorées. S'ils se tiennent tranquilles j'en dessinerai peut-être un, sinon deux.
Vous êtes peut-être surpris d'apprendre mon respect pour les insectes ; mais vous savez, la différence entre ceux-ci et ceux que j'insulte quotidiennement, c'est qu'ils sont conscients de leur infériorité, de leur misère existentielle. Vous savez, ce n'est pas que je les apprécie – mais je les tolère, je les accepte dans mon champ de vision. Un dieu juste règne en maître sur toutes ses créations. Ce n'est pas que je sois un dieu, non : mais je suis très probablement ce qui s'en approche le plus, en tout cas dans la conversation qu'actuellement nous entretenons. Êtes-vous capable de créer l'agonie, vous ? Avez-vous le pouvoir de vie ou de mort sur la raison et l'espoir de vos pairs ? Je n'en perds pas non plus la mienne, de raison : mon pouvoir implique un lot de responsabilités, vous savez ?
Non, vous ne savez pas.

Vous ne savez pas ce que deviennent mes victimes lorsque je relâche mon emprise. Vous ne savez pas les conséquences, et ô Dieu qu'elles sont sublimes, les conséquences de la Souffrance. Vous ne les avez jamais vus, ces corps engourdis par une douleur qu'ils ont rêvé, ces spasmes fictifs, résidus de traumatismes imaginés. Et comment décrire leurs esprits, alourdis, émiettés, effrayés ? Lorsque je relâche mon emprise, ils tremblent, ils ont peur. C'est que je leur fais un peu mal, vous savez ? Et la suite logique de la douleur, c'est la peur. Que ce soit pour leurs muscles, leurs os, leurs articulations rouillées par la honte, ou pour leurs rêves hantés par leurs propres cris, leurs propres pleurs, leurs propres sanglots. Vous n'oserez pas demandez de quoi ils ont peur, parce que vous le savez déjà.
Ils ont peur de moi.
Et pourtant, s'ils étaient dotés d'un peu de jugement, ils verraient bien que je ne fais pas si peur que ça. Il faut me respecter : c'est vrai. Parce que sinon je me fâche et lorsque je me fâche, je m'emporte, et lorsque je m'emporte, je les emporte avec moi dans mon monde, mon monde terrible et terrifiant. Mais me craindre ? Me craindre est une activité réservée aux faibles et aux esprits cassants. Avoir peur de moi est un passe-temps précaire, avoir peur de moi c'est avoir peur d'avoir mal, et cela, sans réfléchir à pourquoi je fais mal. Je ne suis plus en première année, il serait peut-être temps de se rappeler que l'activation de mon don est parfaitement maîtrisée. Ne serait-il pas plus simple pour ces rats de grouiller avec ordre et sagesse, plutôt que de se complaire dans leurs souliers de terreur ?

Mon crayon trace et caresse le papier, reproduisant plus ou moins les courbes d'un hibiscus selon mon bon vouloir. Mon dessin n'est pas parfait, non – mais ce n'est pas ce que je veux. Je veux seulement une représentation qualitativement adéquate. C'est d'ailleurs la même chose que j'attends de ceux qui osent marcher sur le même sol que moi, respirer le même air que moi : une attitude qualitativement adéquate. Je ne suis pas si exigeante que ça, vous voyez ? J'attends juste des autres qu'ils méritent de me fréquenter. J'attends un minimum de respect, d'ordre, de talent et de réflexion. Vous voyez ? Ce n'est pas grand chose, alors pourquoi c'est hors de leur portée ?

J'entends le bruit d'un pas de loup dans mon dos. Je vous l'avais dit : personne ne pourra me surprendre dans la serre. Je tourne doucement la tête, puis les épaules et tout le reste. Derrière les papillons je devine une silhouette qui m'est inférieure en taille, dont les boucles sombres jouent avec un visage d'albâtre orné par un regard d'ébène. Au milieu des fleurs je devine une consœur, une personne de mon rang, de mes opinions. Je lis dans ses yeux une forme d'insistance qui me rappelle les sentiments contraires qui ont agité ma journée et mes mers. Est-ce un doute injustifié ? Seul le temps me le dira.

Sans perdre ma composition placide, je ferme mon cahier.

J'attendrai donc qu'elle vienne à moi. Ce n'est pas à moi de l'interpeller.

Message Dans Re: les fleurs du mal • clarissa | le Mer 9 Aoû 2017 - 16:30
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les fleurs du mal
▬ Nina.


Ses yeux sont semés d'or et ses iris profondes sont noires et fendues. Assis sur son séant, il soulève sa patte, la frotte contre son museau et de sa langue rosée, il lustre sa fourrure de neige. Majestueux, il trône fièrement sur le muret en pierres, observant les allées et venues des pensionnaires. Lorsque certains, trop hardis à son goût, tendent leurs mains avides vers lui, il les contemple de toute sa hauteur. Ne le caresse pas qui veut. Si parfaitement altier et pourtant si désinvolte. De toute sa souplesse féline, il prend de sublimes poses et savoure la chaleur solaire de cette journée estivale.

Il l'entend avant même de la voir. Elle apparaît alors comme un mirage, sa silhouette se dévoilant peu à peu, morceau par morceau. La masse de ses cheveux sombres danse autour d'elle comme autant de serpents impatients. Ses lèvres sont peintes en rouge et elles s'étirent en son caractéristique sourire narquois. Elle reste de marbre face aux réactions de surprises provoquées par son inattendue matérialisation. Elle ne parvenait pas à s'en lasser et son mode de déplacement était devenu tellement naturel qu'elle l'employait sans réfléchir. Ils se rejoignirent au milieu du sentier, lui descendant élégamment de son piédestal et elle arpentant prestement les quelques mètres qui les séparaient. D'un point de vue extérieur, il se dégageait une impression d'étrange connivence entre ce chat et cette jeune-femme.

Passant près d'elle comme un souffle, il frôla de sa queue la peau nue de sa cheville. Elle se pencha doucement, lui caressa le haut de la tête puis l'encolure. Il ronronna de plaisir ; elle eut un sourire satisfait. Ils apprécièrent encore quelques minutes ce moment de cajoleries, sans soucier de l'endroit ou du lieu. Finalement, elle se redressa et fît tinter les bracelets à son poignet. Ils échangèrent un regard complice. Il reconnaissait en elle quelqu'un de son espèce. Leur entente était aussi veille que ses neufs vies. Gracieux et charmant, il s'en alla de sa démarche voluptueuse tandis qu'elle le suivait tranquillement.

C'était jour de chair tendre pour Clarissa.

__________

Une fois le seuil de la serre franchit, ils se faufilèrent parmi la végétation. Eux seuls connaissaient la raison de leur présence dans cet étouffante prison de verre. Possessifs à l'égard de leur liberté -même la plus basique- ils préféraient l'air libre aux lieux clos. Clary et Chat n'étaient guère fait pour les cages, aussi fleuries soient elles.

Ils débouchèrent au niveau des fleurs exotiques et une nuée de papillons colorés passèrent devant eux. Elle s'était pourtant montrée discrète, égalant de peu son ami félin pour les approches subtiles. Cependant, elle l'avait vraisemblablement vu venir comme en témoignait la tension dans ces épaules et ce cahier à dessin, fermé vivement une seconde auparavant. Clarissa se dirigea alors vers sa camarade (parce que oui, elle savait), s'asseyant en tailleur face à elle. Chat se glissa contre elle et elle lui caressa les flancs ; il ne quittait pas des yeux les insectes volants, sa prochaine cible. Elle parla alors d'une voix douce.

Aimes-tu les papillons ?

C’est un cœur malade qui bat dans tes côtes, mon ange. Je le repère à des kilomètres. Je cherche la fêlure. J'aime le brisé et la force vulnérable. Je ne crains pas la souffrance, elle est ma mère nourricière. Il y a ce feu en toi, je sais. Viens. Je t'emmène, là où on ne punit pas le désir. Tu verras, c'est un jeu que je connais bien.



© YAM for Prismver






     
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